Entre les arbres

par Christine de Camy

Immobilisé. Dans une chambre. A l’étage. Il peut appuyer son œil sur le bord d’une fenêtre. Apercevoir la cime d’un cèdre bleu. Saisir le souffle du vent sur les peupliers. Derrière, les montagnes, nettes ou brouillées, annoncent le temps de la journée. Suivre de son lit le fil des saisons. Feuilles, branches, feuilles. Malgré tout, respirer.

Accompagnée ou seule,  elle pousse la porte du bâtiment. Avec ou sans béquilles. Le parc l’accueille. Lucarne sur maladie close.

Le premier arbre, en face, n’est ni petit ni grand. Il a de larges branches. Les feuilles, caduques, font un tapis les jours d’automne.

Lui, en haut, peut il l’apercevoir?

Un arbre à hauteur d’homme. Un de ceux qu’on dessine enfant. Un arbre à l’ombre si légère. L’été on  s’y arrête à peine.

A cet arbre, un jour, des hommes et des femmes ont suspendu des rouleaux colorés. Papiers griffonnés, papiers dictés, papiers murmurés, papiers aux souhaits secrets.

Depuis sa chambre, à l’étage, il a soufflé ses mots. Ont été inscrits. Noués. Elle a tendu aussi un petit mot plié. Ont avec les autres pris soleil et pluie.

Pendant plusieurs mois, ce mûrier, en face de la porte, a été l’arbre de tous les vœux dans ce parc boisé. Celui de l’hôpital.

Le même jour, ou la veille peut être, à Paris, à Dublin, Yoko Ono  proposait  d’écrire et d’accrocher un rêve enrobé. Sur la branche d’un laurier. Au milieu d’un musée. Récoltait ces papiers. Sans les lire, en Islande,  les enterrait.

Imagine.

Une danse à commencé. Elle tresse une guirlande. De la ville à l’hôpital. Et retour. Elle court d’arbres en arbres.

Ce parc est aujourd’hui menacé. Nécessité de construire de nouveaux bâtiments. Cela s’entend. Vivre et travailler mieux. Ici. On le comprend.

Mais supprimer tous ces arbres, pourquoi le faudrait-il? Ce marronnier, cet érable, ce ginkgo aux feuilles d’or, pourquoi ? Ces tilleuls, l’odeur de ces tilleuls, l’été? Ce mûrier aux mille souhaits?

Comment rêver ensuite?

Danser dans le creux de sa tête?

Comment espérer, encore, un peu ?

 

 

 

 

 

 

 

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