Le salix dans le paysage

par Julien Bourbeau

Bucarest nb (1)

Cette photo a été prise lors de l’hiver 2007, ou peut-être 2006, dans le parc Herăstrău, à Bucarest en Roumanie. J’aime particulièrement cette prise de vue. D’abord parce qu’elle a été captée par un vieil appareil Canon reflex –héritage de mon père!– fonctionnant avec de la pellicule (ici noir et blanc), vestige d’une époque révolue. Je me souviens qu’il fallait beaucoup de patience pour arriver à saisir la lumière, l’angle de vue désirée pour réussir son coup ! Pas le droit à l’erreur et le résultat n’était jamais certain, jamais immédiat, connu seulement lors du développement de la photo ! Jadis déjà.

Dans ma collection «Bucarest de gris en plus noir», c’est une de mes photos préférées.

Un léger brouillard en toile de fond crée cet effet impressionniste. C’est ce que je cherchais intuitivement à saisir lors de ma promenade. En effet, je souhaitais capter en arrière-plan la Maison de la Presse Libre et sa silhouette soviétique, là encore vestige d’une époque révolue. Un souvenir flou. De même que sa mise en abyme se fondant dans les eaux calmes du Herăstrău –cette mémoire lacustre–, bien circonscrites par les berges de béton.

En avant-plan se trouve cette procession de marcheurs du dimanche habillés sobrement avec des manteaux sombres. Un peu tassés les uns sur les autres.  Ils se suivent sur ce sentier en bordure du lac. Comme le brouillard y est moins dense, ce segment paraît plus clair et détaillé, plus réaliste et froid. Plus mélancolique aussi.

Mais le véritable personnage –poignant–, c’est ce saule pleureur à la pointe du sentier. Il est l’un des personnages centraux de la toile ! Il est capté dans son entièreté physique. On le voit dégarni de son feuillage et ses rameaux noircis pendent au-dessus des eaux froides. Il a ce petit air penché, ce destin au dos tordu, comme ces vieilles dames qui ont travaillé toute leur vie dans les champs; ce petit air, dis-je, qu’adoptent les saules lorsqu’ils sont plantés en bordure de plan d’eau.

Et sous le feuillage du saule, des amoureux s’embrassent. Ce paysage froid et humide révèle alors son aimable secret.

*

J’ai été longtemps habité par cette photo. Romantique finalement. Si bien que, chaque fois que je retourne en Roumanie, je m’arrête à ce parc, vis-à-vis de ce(s) saule(s) et je reproduis la même photo. Mais l’ambiance n’est plus forcément pareille, d’année en année, de saison en saison. Puis, on photographie maintenant avec des appareils numériques ou nos appareils intelligents. On n’a plus la même patience. On peut se permettre trois à quatre prises similaires pour espérer le bon angle !

Une constance demeure, c’est le Salix qui commande la prise, l’angle de vue en avant-plan, et la Maison de la Presse Libre, en arrière-plan.

Le Salix est un arbre d’ornement, dit-on.  Il fait bon paysage.

Mai 2008:
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Juin 2011, l’absent salix…
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Noël 2015:IMG_2963

 

 

 

 

 

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