Au pays des bouleaux

par David Huggins Daines

Les bouleaux blancs sont comme les bleuets, ce sont des plantes très sociables qui fleurissent sur des sols marginaux et après de grands dérangements: des feux de forêt, des glissements de terrain, des coupes à blanc. Ce n’est pas un hasard que les deux soient abondants au Saguenay-Lac-St-Jean.

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Un boisé de bouleaux s’appelle une bétulaie.  Il a fallu que je cherche sur Wikipédia pour l’apprendre.  J’arpente depuis plusieurs années les sentiers de travers du Mont-Royal, en course à pied et en ski nordique, et j’ai fait connaissance, à ce que sache, avec toutes les bétulaies qui s’y trouvent, nos petits Saguenays au cœur de la ville. Sur le versant « est » (c’est à dire au nord) à l’intérieur de la boucle de la voie Camilien-Houde et sur le troisième sommet dit Tiohtià:ke Otsira’kéhne s’en trouve des plus belles.

Le bouleau jaune est un grand solitaire.  Bien qu’il soit l’arbre-emblème du Québec, il se fait très rare dans la métropole et sur sa montagne éponyme, il se cache des randonneurs et des coureurs, il se réfugie dans des dépressions et d’anciennes carrières de silex.

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Claire, lisse, soyeuse, terne, rugueuse, corsée, on reconnaît les bouleaux matures d’abord par leur écorce, mais aussi par leur forme, surtout l’hiver.  Les blancs sont d’une souplesse inouïe, ils se plient et se penchent sous le froid et la neige pour se redresser chaque printemps.  Les jaunes sont rigides et robustes, mais ils s’abattent plus facilement, aussi.  Et la chair d’un bouleau se désagrège très rapidement, beaucoup plus vite que cette fameuse écorce qui a si bien servi l’humanité depuis des millénaires.  Il arrive parfois de se mettre le pied sur un bouleau qui gît par terre et l’écraser d’un trait, que de la poussière dans une coquille vide.

Je ne saurais reconnaître les autres arbres. Je ne ressens pas le désir de toucher, d’enlacer d’autres arbres, mais les bouleaux, si. Ils sont si proches de nous, ils nous ressemblent, comme les ours, comme les chiens. Sont-ils nos ancêtres, ou notre avenir?

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Je veux qu’on m’enterre sans cercueil dans une terre brûlée, profanée, écorchée, marginale. J’espère que de ma poussière et mon écorce pousseront des bleuets qui nourriront les ours qui se promèneront enfin libres dans une belle bétulaie.

 

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